NOURRIR LE CHEVAL EN CROISSANCE

16.12.2020 -

La croissance des poulains est conditionnée par différents facteurs qui peuvent être regroupés en trois grandes catégories : la génétique portée par l’individu, l’environnement dans lequel il évolue et les apports nutritionnels qu’il reçoit. Ainsi, l’alimentation apportée pendant la croissance va influencer le développement et la santé des futurs adultes.

 

Par LAB TO FIELD, société de recherche spécialisée en physiologie de la digestion et physiologie de l’exercice chez le cheval

 

1.       D’importants besoins nutritionnels pour la croissance

Les besoins nutritionnels d’un jeune cheval sont estimés en sommant les besoins d’entretien et les besoins nécessaires pour sa croissance. Si un travail physique est pratiqué alors que le cheval est toujours en croissance, les besoins pour l’exercice sont alors ajoutés.

Les besoins d’entretien sont calculés à partir du poids de l’animal et les besoins de croissance à partir de la prise de poids quotidienne. A la naissance, un poulain pèse en moyenne 10 % du poids de l’adulte. Sa croissance sera très rapide dans les premiers mois de vie avec une croissance de plus d’un kilo par jour au cours du premier trimestre, et toujours plus de 300 g par jour à un an. Un poulain qui atteindra par exemple 500 kg à l’âge adulte passe en moyenne de 50 kg à la naissance, à 150 kg à 3 mois, 250 kg à 6 mois et 350 kg à un an. La synthèse de tissus nouveaux nécessite de très grandes quantités d’énergie et de nutriments, protéines et minéraux principalement. En effet, à 3 mois les besoins énergétiques du poulain sont équivalents à environ trois quarts de ceux d’un adulte au repos et deviennent très proches de ceux l’adulte au repos dès 6 mois ! Les besoins en protéines, calcium et phosphore sont proportionnellement plus élevés encore : entre 6 mois et un an, les besoins sont supérieurs chez le jeune en croissance par rapport à l’adulte.

2.       Un herbivore dès ses premiers mois…

Pour couvrir ces besoins très importants, le poulain sous la mère compte sur le lait… mais également très vite sur les aliments solides. Dès les premiers jours de vie, il découvre les aliments qui sont distribués à sa mère et commence à « grappiller » des fourrages en l’imitant. Le comportement alimentaire du poulain évolue très vite : si à une semaine de vie il ne passe que 1 à 2 heures par jour à manger au cours de plusieurs dizaines de tétées quotidiennes, à trois mois le poulain passe déjà 8 à 10 heures par jour à ingérer de l’herbe, puis  autant de temps qu’un adulte à six mois.

 

Cette évolution rapide du comportement alimentaire s’accompagne d’une transformation importante de l’écosystème digestif du poulain, avec une forte colonisation par des microorganismes ingérés. Parmi les différentes populations bactériennes qui se mettent en place dans son tube digestif, les bactéries capables de dégrader les fibres de la ration s’implantent dans le gros intestin à partir du milieu de la première semaine de vie. Deux mois plus tard, la capacité du microbiote intestinal à dégrader les fibres est stable : le poulain est devenu un herbivore capable de tirer partie des fourrages qu’il ingère. Les fibres représentent alors une nouvelle source énergétique en complément du lait maternel. Ceci est indispensable au poulain car, à partir de 2 à 3 mois, la production laitière de la jument ne permet plus de couvrir la totalité de ses besoins nutritionnels.

3.       Une alimentation post-sevrage à anticiper

Le cheval est particulièrement sensible à l’introduction d’aliments nouveaux dans sa ration. La modification récente du régime alimentaire est l’un des facteurs les plus souvent associés à l’apparition des coliques, qu’il s’agisse d’un changement lié aux concentrés ou aux fourrages distribués. Le risque est à son maximum quelques jours après le changement, mais peut s’étendre jusqu’à deux semaines après la modification de ration.

L’augmentation des coliques en période de changement est associée à la perturbation du microbiote intestinal. Ceci a été mis en évidence dans différentes situations comme par exemple lors de l’introduction brusque de céréales à une ration composée initialement de foin uniquement, lors d’une mise au pré sans transition ou du déplacement d’un cheval dans une pâture plus abondante. Des grandes quantités d’amidon ou d’autres glucides rapidement fermentés atteignent alors le gros intestin ce qui va induire une baisse du pH importante faisant augmenter le risque de colique. Mais les risques existent également lors d’un changement brusque entre deux foins différents ! La composition des foins peut varier fortement entre les lots, ce qui peut impacter négativement les bactéries à l’origine de la digestion des fibres.

 

En conséquence, il est essentiel de mettre en place des périodes de transition lors de tout changement de ration. Ceci est particulièrement vrai lors du sevrage. Pour limiter les perturbations du microbiote intestinal, il est ainsi recommandé de conserver une régularité dans les apports avant et après sevrage, pour que le retrait du lait constitue la seule variation importante. Si des concentrés sont nécessaires pour le poulain après sevrage, il est donc conseillé de les introduire progressivement dans la ration quelques semaines avant. Dès lors qu’une transition douce est mise en place pour introduire les concentrés, le sevrage n’a pas d’impact majeur sur la santé digestive du poulain…