Impact de l'alimentation sur le développement et l'intégrité musculaire

05.07.2019 -

Les chevaux sont de super athlètes, sélectionnés depuis des centaines d’années par la nature puis par l’homme. Cette sélection les a dotés de capacités physiques et physiologiques leur permettant d’aller vite et d’être endurants. Ils sont qualifiés de « sprinters résistants ». 
Ces aptitudes sont notamment liées à leurs capacités cardio-vasculaires et aux spécificités de leur musculature.
Pour permettre l’expression de toutes ces potentialités sportives, l’entrainement et l’alimentation doivent compléter et soutenir la super génétique du cheval athlète. Cet article vient faire le point sur l’impact de la nutrition sur le développement et la résistance musculaire du cheval et donc s’intéresser au lien entre le muscle et l’alimentation du cheval. 

La musculature chez le cheval

Comme l’homme, le cheval possède 3 types de muscles :  le muscle cardiaque, les muscles lisses, indépendants du système nerveux, et les muscles squelettiques, qui eux, sont sous le contrôle du système nerveux volontaire. Ce sont ces derniers qui entrent en jeu lors de l’entrainement et de l’effort.
 
Le cheval possède un système musculaire surdéveloppé représentant 55 % de son poids vif (soit 275 kg de muscles chez un cheval de 500 kg) avec plus de 700 muscles squelettiques.
Par comparaison, l’homme possède environ 600 muscles squelettiques pesant pour 35 % de son poids vif (cf Tableau 1).
 
Tableau 1 : Comparaison des caractéristiques musculaires entre l’homme et le cheval
 
Cheval
Homme
Nombre de muscles squelettiques
 700
≈ 600
Proportion de muscles squelettiques (%PV)
55
35
Capacité aérobie 
++
Capacité anaérobie 
++
+
Teneur musculaire en glycogène
+++
++
Production de lactates
++
+
Fibres musculaires
I
IIA
IIB
 
+
++
+++
 
+++
++
+
 
Le cheval possède des capacités aérobies et anaérobies importantes et de grandes réserves en glycogène musculaire. 
Les capacités physiques du cheval sont corrélées à la proportion des types de fibres qui composent les muscles squelettiques (cf tableau 1 et 2).
Il en existe trois types  :
  • Les fibres de type I : ce sont des fibres fonctionnant sous un métabolisme aérobie permettant une combustion complète des substrats énergétiques, sans déchet, avec un bon rendement. Elles peuvent utiliser les lipides et les glucides comme substrats énergétiques. Elles sont peu fatigables. En contre partie, elles se contractent de façon relativement lente ne permettant pas une intensité d'effort élevée.  Ce sont les fibres de l’effort long type endurance. 
  • Les fibres de type IIB : ces fibres présentent les caractéristiques opposées, elles fonctionnent majoritairement en métabolisme anaérobie, exclusivement avec des substrats glucidiques et un rendement incomplet qui induit la production de déchets sous forme d’acide lactique. Le rendement est médiocre, la fatigue plus précoce, en revanche, elles sont dotées d’une contraction très rapide, indispensable lors des efforts de puissance ou de vitesse. L’entrainement et l’âge tendent à faire évoluer ces fibres vers les fibres de type I ou le type  IIA.
  • Les fibres de type IIA : elles présentent des caractéristiques intermédiaires. Le substrat énergétique utilisé est en grande majorité glucidique avec un bon rendement énergétique sans production de déchets. Ce sont fibres économes en glycogène, permettent un effort intense sur la durée. Ce sont les fibres du sprint long.
La proportion des différents types de fibres musculaires varie en fonction de la génétique (race), de l’âge et de l’entrainement. 
 
Tableau 2 : Types de fibres musculaires en fonction de la race : 
Race
I
IIA
IIB
Quarter Horse
9
51
40
Pur-sang anglais
10
59
27
Pur-sang arabe
14
48
38
Trotteur
21
52
31
Poney
22
40
38
 

Comment le muscle se développe t-il ? 

Un muscle squelettique est composé de faisceaux, formés eux-mêmes d'un ensemble de fibres musculaires, serrées les unes contre les autres. A l'intérieur de ces fibres, des protéines organisées en filaments, les myofibrilles (actines et myosines), donnent la capacité au muscle de se contracter et de se détendre. 
L'entrainement ou renforcement musculaire ne multiplie pas le nombre de fibres musculaires. En effet, les muscles sont constitués d'un nombre donné de fibres. C'est le volume des fibres qui change, elles s'épaississent grâce à l'accroissement du diamètre et de la longueur des myofibrilles. L’entrainement va provoquer des micro-fissures dans le muscle qui va répondre par une adaptation et une réparation entrainant l’épaississement du muscle.
Selon l'exercice, le développement joue sur le changement de la structure (les fibres), les capacités élastiques ou la commande nerveuse.
De là on comprend pourquoi il n’existe pas de "pilules magiques" pour se muscler, le développement musculaire étant indissociable de l’effort et de l’entrainement.
 

Nutrition et développement musculaire 

Le travail musculaire influence le développement de fibres musculaires ainsi que la nature des besoins énergétiques. L’objectif nutritionnel sera d’optimiser la densité capillaire dans le muscle, la flexibilité, favoriser l’apport des substrats indispensables pour le développement de la masse et la fourniture d’énergie. 
 
En termes d’énergie, le muscle se « nourrit » d’ATP et de phosphocreatine. C’est l’énergie qui va être consommée en mode anaérobies lors des 10 premières secondes d’effort. Ces 2 sources sont très peu tributaires de l’alimentation. Elles se reconstituent à partir du glycogène avec une production d‘acide lactique. 
Dans un second temps, le muscle va brûler du glycogène pour renouveler l'ATP et la phosphocreatine. Les acides gras prennent ensuite le relais et deviennent une source d’énergie de longue durée pour le travail musculaire et proviennent majoritairement des réserves adipeuses. Leur utilisation sera favorisée par un entrainement de fond et un régime suffisamment riche en lipides. Ceci aura pour bénéfice d’épargner le glycogène musculaire.
 
Pour favoriser le développement et l'intégrité musculaire, l'apport de protéines et plus spécifiquement d'acides aminés est à privilégier.  Certains acides aminés dits "indispensables" ou "limitants" ne sont pas synthétisés par l'organisme et doivent être apportés par l’alimentation. La lysine est l'un des plus connus chez le cheval. Une carence en lysine pourra par exemple limiter le développement musculaire, même si la quantité de protéines totales de la ration est élevée.  La lysine est un des acides aminés le moins pourvu dans les végétaux. Il est souvent considéré comme limitant dans les rations, sa faible teneur limitant les performances de croissance et de développement musculaire par exemple.  Favoriser la diversité et la quantité d’acides aminés dans la ration via l’apport sources de protéines de qualité améliore l’efficacité avec laquelle le cheval peut utiliser les nutriments ingérés. L’idéal est de ne pas trop augmenter les apports de protéines, mais plutôt la qualité des apports en protéines en privilégiant des sources riches en acides aminés limitants. Le rapport protéine/énergie de la ration totale doit être proche de 100g de MADC/UFC selon les recommandations, aussi bien chez les chevaux de sprint ou de puissance que les chevaux de fond. 
 
 
Sur le plan minéral et vitaminique, les muscles fonctionnent grâce à l’action combinée de multiples nutriments indispensables à leur bon fonctionnement :
  • Les Macro éléments de type sodium, magnésium, calcium : Ils sont impliqués dans les phénomènes de fatigue et de régulation du système nerveux. Une perte importante de ces minéraux est entrainée par la sudation.  L’utilisation trop importante de céréales entraine des excès de phosphores dans la ration qui limitent l’assimilation du calcium et du magnésium. Un indicateur simple est la surveillance dans les rations d’un rapport Calcium sur Phosphore proche de 2.
  • Les oligo-éléments et vitamines type zinc, sélénium, vitamine E, vitamines du groupe B : le sélénium par son pouvoir anti oxydant et en synergie avec les vitamines A, E et C assure l’intégrité des cellules musculaires. Le travail, la présence importante d’acides gras dans la ration  et la production d’acide lactique augmentent les besoins en selenium.  
En résumé, sur le plan énergétique les glucides (apportés majoritairement par les céréales et les fibres) et les lipides sont les sources énergétiques privilégiées des muscles squelettiques. Sur le plan protéique, on veillera à la qualité plus qu’à la quantité avec des sources riches en acides aminés essentiels comme la lysine. Quel que soit l’objectif, il est important de retenir que les fibres issues des fourrages seront toujours indispensables et devront représenter une part importante de la ration du cheval (entre 2 et 2,5 kg pour 100 g de poids vif soit 10 à 12,5 kg de foin de prairie pour un cheval de 500 kg). En plus d’être une excellente source d’énergie pour le cheval (sous forme d’acides gras volatils), les fibres mécaniques assurent le bon fonctionnement digestif, une régulation du pH et donc un meilleur équilibre de la flore microbienne et entrent en jeu dans le mécanisme de l'absorption de l’eau et de son recyclage au sein du gros intestin. 

Pour suivre le développement musculaire de votre cheval, vous pouvez apprécier  la répartition des masses maigres (masse du squelette et des muscles) et des masses grasses (réserves adipeuses) par observation et palpation en corrélation avec le suivi du poids. L’objectif est de définir pour chaque cheval son poids et sa composition de forme, c’est à dire, l’état dans lequel il performe le mieux.