Dossier : allergies alimentaires chez le cheval

Dossier allergies alimentaires chez le cheval, un sujet d'actualité.


Plusieurs millions de pages sont affichées par Google avec les mots-clés « food allergy horse ». Les publications scientifiques sur le sujet sont pourtant rares.

 

Dans l’ouvrage récent « Veterinary Allergy » du Dr Noli et coll. (Ed. Wiley-Blackwell, 2013), les auteurs écrivent d’ailleurs que, chez le cheval, « il existe très peu de littérature scientifique sur la prévalence, les causes et la pathogénèse des allergies alimentaires », « le rôle des allergies alimentaires sur les maladies de la peau reste un mystère » et « nous n’avons absolument aucune information sur la physiopathologie des allergies alimentaires ».

 

Nous verrons dans cet article quelles sont les connaissances actuelles sur les allergies alimentaires équines et les recommandations nutritionnelles pour les chevaux sujets à ces allergies.

 

Par Samy Julliand, directeur de LAB TO FIELD

 

 

Qu'est-ce qu'une allergie alimentaire ?
Une maladie rare chez le cheval ?
Une réponse inappropriée du système immunitaire
Diagnostique des allergies alimentaires
Recommandations nutritionnelles

 

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Qu’est-ce qu’une allergie alimentaire ?

 

Les allergies alimentaires font partie des « réactions alimentaires indésirables », au même titre que les intolérances alimentaires et les intoxications alimentaires (cf. encart).


A notre connaissance, il n’existe pas de publication scientifique1 décrivant les symptômes de chevaux dont l’allergie alimentaire est confirmée. Par extrapolation avec ce qui est connu dans d’autres espèces, il est supposé que les signes cliniques se manifestent principalement au niveau cutané (démangeaisons, urticaire, papules, croûtes).

Ces signes cliniques ne sont pas spécifiques aux allergies alimentaires, ce qui rend leur diagnostic difficile.

La dermite estivale, une allergie aux piqûres d’insectes beaucoup plus commune chez les équins, peut notamment être confondue avec l’allergie alimentaire car les manifestations cutanées sont proches.


L’existence d’intolérance alimentaire chez le cheval est aujourd’hui un sujet controversé.

 

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Une maladie rare chez le cheval ?


Suivant les études chez l’homme, il est estimé que 1 à 10% des adultes sont sujets à des allergies alimentaires. La majorité des chiffres situent la prévalence à environ 2% de la population. Chez le cheval, il n’y a pas de données publiées concernant la prévalence des animaux touchés par les allergies alimentaires. La majorité des auteurs qualifie les allergies alimentaires de « rares » à « extrêmement rares » chez les chevaux.

 

Dans une étude épidémiologique menée en 2013 sur les maladies rencontrées en France en dermatologie équine, aucun des 51 vétérinaires interrogés ne cite l’allergie alimentaire parmi les trois affections dermatologiques les plus fréquentes auxquelles ils sont confrontés.
En santé humaine, les allergies sont plus courantes chez les enfants que chez les adultes. Chez les chevaux, il ne semble pas y avoir aujourd’hui de relation établie entre l’âge et la prévalence d’allergies alimentaires.

 

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Une réponse inappropriée du système immunitaire

 

Le système immunitaire a pour rôle de protéger l’organisme contre les agressions par des agents étrangers à l’organisme. Il est constitué de deux systèmes de défense qui agissent conjointement (voir encart 1) :

  • un système non spécifique, à réaction rapide,
  • et un système spécifique dont la réponse est ciblée et plus lente.

 

Dans le cas d’une allergie alimentaire, le système immunitaire « se méprend » et réagit de façon démesurée à une substance inoffensive pour l’organisme. L’antigène reconnu par le système immunitaire lors d’une allergie est appelé un allergène. Les allergènes d’origine alimentaire sont généralement portés par des protéines qui ont franchi la barrière intestinale.

 

Pour l’homme, les principaux allergènes alimentaires sont contenus dans les céréales (gluten), les œufs, le poisson ou les crustacés, le lait et les arachides.

 

Chez le cheval, il n’existe pas à notre connaissance de liste des allergènes alimentaires les plus fréquemment rencontrés.


Lors du processus de destruction des molécules allergéniques, il y a production en grande quantité d’anticorps de nature différente (immunoglobulines E) à ceux produits habituellement (immunoglobulines G). Ce processus s’accompagne d’une libération locale d’histamine dans l’organisme. Ce médiateur chimique entraîne une dilatation des vaisseaux sanguins environnants et une baisse de la pression sanguine, qui conduisent aux signes cliniques décrits précédemment.


La réaction d’un cheval à un aliment peut être liée à un composé biochimique de cet aliment (par exemple une protéine d’une céréale) ou à des molécules extérieures, comme des pesticides déposés sur l’aliment, des poussières, des pollens, etc.

 

Un cheval allergique à une avoine peut ainsi ne présenter aucune allergie face à une autre.

 

 

 

        

 

  

                           

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Encart 2 : Allergie ou intolérance alimentaire


Chez l’homme, l’allergie et l’intolérance alimentaires mènent à des symptômes similaires. Cependant, les mécanismes menant à la maladie sont différents. Dans le cas des allergies, le système immunitaire est activé alors qu’il ne l’est pas dans le cas des intolérances alimentaires.

 

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Diagnostic des allergies alimentaires :


Des tests cutanés et des tests sanguins sont parfois utilisés pour diagnostiquer les allergies. La crédibilité de ces tests est cependant remise en cause par de nombreux auteurs.


Dans un test cutané, des allergènes sont injectés dans la peau du cheval et la réaction cutanée est observée. L’interprétation des résultats est cependant délicate, notamment car des réactions positives sont parfois observées chez des chevaux non allergiques.


Concernant les tests sanguins, une équipe de recherche belge a publié en octobre 2014 dans Equine Veterinary Journal une étude intitulée « A commercially available immunoglobulin E-based test for food allergy gives inconsistent results in healthy ponies »2. Dans cette étude, deux échantillons sanguins de 17 poneys ont été envoyés à un laboratoire pour réaliser un test d’allergie à différents allergènes alimentaires.

 

Deux échantillons prélevés sur un même poney ne donnaient pas systématiquement les mêmes résultats. Sur les 17 poneys, le test sanguin en a fait ressortir 10 allergiques à certains aliments pour au moins un des deux échantillons. Cependant, lorsque les chercheurs ont distribué les aliments présumés allergènes aux poneys, aucun n’a présenté de symptôme...


Le moyen le plus sûr pour confirmer une allergie alimentaire est donc de mettre en place un test d’élimination puis un test de provocation.


1. Le test d’élimination
La première étape du test d’élimination consiste à mettre le cheval dans un environnement nouveau pour éliminer l’hypothèse environnementale avant de se pencher sur l’hypothèse alimentaire. Si les symptômes persistent dans les six semaines qui suivent le changement d’environnement, l’étape suivante est de réduire la ration du cheval atteint à un seul aliment (généralement de la pâture ou du foin). Si les symptômes disparaissent, une allergie alimentaire est probable.


2. Le test de provocation
Pour confirmer l’allergie, les aliments retirés de la ration doivent être réintroduits un par un. Si les signes d’allergie réapparaissent dans les deux semaines qui suivent la réintroduction d’un aliment, il est probable qu’il en soit la cause… En éliminant cet aliment de la ration, si les symptômes disparaissent à nouveau, l’allergie est confirmée.
Le diagnostic est réalisé par le vétérinaire.
 

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Recommandations nutritionnelles :


Pour les chevaux qui auraient démontré une allergie alimentaire, le retrait de l’aliment allergène de la ration est la recommandation la plus cruciale.


L’importance de la barrière intestinale dans la lutte contre les allergies est mise en avant par certains auteurs. Il a été montré qu’une baisse du pH dans le gros intestin entraînait une augmentation de la perméabilité de la paroi intestinale. Ceci pourrait faciliter l’absorption d’allergènes.

 

Pour limiter la baisse du pH intestinal, des régimes basés sur du fourrage et avec moins de céréales sont recommandés. L’utilisation de probiotiques peut également avoir un impact positif sur l’écosystème intestinal. Leur bénéfice sur les allergies alimentaires a ainsi été démontré chez l’homme.


Enfin, bien que des études complémentaires soient nécessaires chez l’homme (et a fortiori chez le cheval), il est parfois avancé qu’une supplémentation en vitamine D ou en oméga 3 peut être bénéfique au regard des allergies alimentaires.

 

Par Samy Julliand, directeur de LAB TO FIELD

 


1Les publications scientifiques « de rang A » correspondent aux publications dans des journaux scientifiques internationaux où un comité de scientifiques relit et valide les méthodologies utilisées et les analyses des résultats.

2Un test pour les allergies alimentaires basé sur les immunoglobulines E et disponible commercialement donne des résultats contradictoires chez des poneys sains.

 

Article mis en ligne le 02/03/2016.



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